dimanche 4 février 2018

La soupe.....

La soupe.........
Ce matin , sur le net je suis tombée en arrêt devant une recette de cuisine ...  
Alors, je copie la recette avant de vous raconter  les souvenirs qu'elle a fait monter en moi......



SOUPE PAYSANNE CORSE
Temps de préparation : 15 minutes
Temps de cuisson : 150 minutes
Ingrédients (6 Portions) :
- 4 tomates
-1 saucisse à cuire
- 100 g de pâte tagliatelle ou macaroni
- 6 petites pommes de terre
- 200 g de haricots verts
- 200 haricots sec (rouge ou rosé) ou des frais en saison
- 4 petites courgettes
- 3 carottes
- 2 poireaux
- 1/2 chou vert
- 1 gros oignon
- 3 gousses d'ail
- 10 feuilles de basilic
- 1 brin de marjolaine
- huile d'olive
- sel et poivre
Préparation de la recette : 
Faire tremper la veille les haricots secs (si haricots frais, les joindre directement dans le faitout avec les autres légumes)
Eplucher et couper tous les légumes ainsi que l'oignon en petits morceaux. 
Faire revenir tous les légumes avec les haricots égouttés dans de l'huile d'olive, saler modérément poivrer et recouvrir d'eau froide.
Ajouter la saucisse à cuire  et faire mijoter à feu moyen pendant 2 H 15 - ajouter les pâtes et finir la cuisson.
Incorporer le basilic et l'ail hachés, une bonne cuillère à soupe d'huile d'olive, laisser reposer quelques minutes avec de servir.

Cette soupe était  la soupe détestée,  haïe de mon enfance ....hormis la saucisse à cuire tout se trouvait dans l'immense jardin  derrière la maison....

Nous étions 7 à table, 5 filles et les parents....Ce n'était pas l'argent qui nous étouffait, mais cette satanée soupe qui revenait chaque soir comme un cauchemar...Pour moi, c'était un calvaire, rien que de voir l'énorme gamelle au milieu de la table je sentais la nausée me monter...

Nous étions pauvres, mais riches en légumes de toutes sortes....je me souviens, mon père arrivait à faire pousser n'importe quel légume, et pourtant, nous habitions les Vosges et le temps n'était pas spécialement clément....en été, tomates, courgettes, aubergines , poivrons, piments....au printemps, les radis, la salade, les petits pois...haricots, carottes,  pomme de terre, betteraves,  navets.....J'en passe et des meilleurs !

Il complétait par la cueillette des champignons, des pissenlits dans les labours ,de la rapine dans les vergers...Mirabelles, prunes, pommes, poires...et à la saison des fruits des bois, nous partions tous en file indienne dans les bois du père Marin ramasser les fraises des bois, les framboises, les mûres que ma mère transformait en confitures et en sirops ...

On n'a jamais eu faim, mais fallait le gagner son pain !! L'hiver, mon père prenait quelques coupes de charbonnette, et on allait l'aider à empiler les bouts de bois dans une espèce de remorque attachée à sa mobylette....il faisait un grand feu , plaçait des pommes de terre dans la braise et ça faisait notre repas du midi avec un bout de saucisse à cuire qu'il faisait griller dans le feu.....ça c'était du bonheur ! je n'ai plus jamais retrouvé le goût ni l'odeur de ces saucisses.....

Il nous laissait empiler ,  le temps de repartir à la maison où il stockait dans la cabane à lapins  les morceaux de bois récoltés....puis il venait nous rejoindre et on ré- empilait dans la remorque....J'avais des vieilles chaussettes en guise de gants, un bonnet qui me cachait les yeux, et des godasses trouées car elles avait déjà servi à 3 de mes sœurs avant d'atterrir à mes pieds....ça faisait floc-floc quand je marchais, et si je ne bougeais pas mes pieds s'engourdissaient rapidement....

Ce chemin pour aller dans les bois du Père Marin, longeait d'immenses prés où paissaient des moutons...Des fils en barbelés les empêchaient de s'échapper....Lorsque nous avions besoin d'un nouveau matelas, nous avions une autre corvée, c'était d'aller décrocher la laine que les moutons laissaient sur les fils barbelés...à  sept, ça nous prenait 3 jours pour en venir à bout...Nous rentrions le soirs, les mains égratignés, le corps gelé car nous ne pouvions pas bouger pour nous réchauffer...à genoux dans l"herbe humide et parfois glacée, on tirait la laine , on la démêlait et la mettions dans un sac qui pendait à notre taille...On vidait notre sac dans la bâche que notre père avait mis dans la remorque et on recommençait.....Ma mère nous emballait les  genoux dans des sacs plastiques pour éviter d'être trempés....

Moi, je pleurais....la morve et mes larmes gelaient sur mon visage et ma mère sortait en grondant un grand mouchoir à carreaux pour m'essuyer le visage...."Mimi, disait elle (Mon père s'appelait Emile)...tu penses pas qu'on devrait rentrer? les gosses ont froid.....Quand il commencera à faire nuit disait il ! heureusement, la nuit tombait vers 17 h....

3 jours d'affilé on se tapait ce calvaire ! parfois plus si on avait pas assez de laine pour faire un matelas ....
Après c'était le travail de ma mère et des deux grandes...On rentrait, on se déshabillait, ma mère nous faisait couler un bain chaud , et on allait s'agglutiner contre le poêle et la cuisinière de la cuisine....

La laine trempait dans la baignoire, mon père démontait une porte qu'il posait dessus , et mes sœurs lavaient, tiraient, essoraient et étendaient à plat sur la porte....Elles la brassaient pour chasser l'humidité...

Le poêle du couloir, qui donnait sur la salle de bain était chargé à fond et une odeur bizarre envahissait petit à petit l'appartement...une odeur de laine feutrée, une odeur forte et désagréable.....Quand toute l'humidité était sortie, la laine était stockée dans le hangar .....

Les matelas, se faisaient l'été...Le père Cadici était le seul capable de vous faire un matelas en une journée....Dès que le soleil commençait à chauffer, une immense bâche était déployée sur la terrasse et les ballots de laine grisâtre arrivaient.....là, tout le monte s'y mettait...On devait prendre une boule de laine et l' étirer pour en faire quelque chose de fin et soyeux...on devait trier et enlever les  bouts d'herbes, de mousse, de brindilles qui étaient restées emmêlées dedans....

On mettait la radio pour se donner du coeur à l'ouvrage.....Quand la récolte des 3 jours était enfin triée, ma mère l'étendait au soleil....ça pouvait rester une semaine, et allez savoir pourquoi, un jour ma mère disait que c'était bon, on pouvait appeler le père Cadici....

Choix du tissu rayé gris et blanc....Négociations âpres sur le prix demandé ...et il se mettait au boulot....Il avait de grandes aiguilles courbées, des droites, du gros fil....Allez, filez les gosses, laissez moi bosser.....

Et le soir, on avait un matelas....pour un lit d'une personne, et on voulait toutes que ce soit notre lit qui l'accueille...J'ai jamais eu de matelas neuf...mais ça ne m'a pas empêché de dormir !!

Tout ça pour parler de cette soupe horrible que notre père nous faisait chaque soir !!!!
La gamelle au milieu de la table, je sentais monter les larmes...j'étais pourtant la préférée de mon père, mais je n'échappais pas au deux énormes louches qu'il versait dans nos assiettes....alors arrivait le "triage"....Je commençais par manger les pâtes....ensuite, les pommes de terre, et puis les carottes....Naturellement, arrivée à ce stade, ma soupe était froide...J'avais horreur du chou, des haricots, des poireaux, de l'oignon.....Je lançais des regards désespérés à ma mère mais ça ne changeait rien.....Alors, je mettais un morceau de chou dans ma bouche et aussitôt je sentais l'envie de vomir approcher.....Le bruit de renvoi que je faisais faisait hurler mes sœurs ! Oui, y'en a marre, elle va nous faire vomir.....

et moi, j'étais désespérée....Tout le monde quittait la table, sauf moi...."tu resteras là toute la nuit s'il le faut disait mon père ..."

Mes sœurs et ma mère s'installaient sur la table de la terrasse afin de rouler les tickets  de foire , qu'il fallait livrer le lendemain ...chaque jour ce travail nous rapportait 4 ou 5 francs, ce qui nous permettait d'acheter le lait  les œufs et  le pain ..Parfois du jambon si on avait roulé suffisamment...

Mon père ne roulait pas, et comme il était maçon la journée, il allait souvent se coucher tôt...Pas de télévision à l'époque !!

Alors, dès qu'il était couché, ma mère venait en douce, vider mon assiette dans les toilettes afin qu'il ne se rende compte de rien.....Allez, viens rouler me disait elle ! Mes sœurs râlaient, que c'était injuste, qu'elles le diraient au père, mais ma mère ne s'en laissait pas compter...La première qui ouvre la bouche , elle aura affaire à moi....ça grommelait, mais ça se taisait...

Encore que maintenant avec le recul, je reste persuadée que mon père savait très bien ce qui se passait après son départ au lit.....
à présent, c'est devenu ma soupe préférée.....et cette soupe régale mes enfants lorsque je la prépare ! Mais eux n'ont pas eu à la subir tous les soirs de l'année !!!!



mercredi 31 janvier 2018

Réminiscences......

Le réveil  sonne à grand bruit ! vite la main dessus pour ne pas réveiller toute la maison qui dort encore....Il est 3h 20, et c'est pas une heure pour les gens honnêtes de se lever...et pourtant, il faut y aller..

Il y a des matins, je pleurerais, là, assise sur le bord du lit...mais pas le temps de s'attendrir, j'ai 30 minutes pour me préparer...L'été, ça va encore, on entend les oiseaux chanter, et on sait très tôt le temps qu'il va faire...

l'hiver , c'est l'angoisse...Il fait noir, il fait froid !

 marcher dans la maison sur la pointe des pieds durant une demie heure devient de plus en plus épuisant...Passage obligé à la salle de bain...J'allume ma première cigarette, et les gestes s'enchainent sans aucune réflexion de ma part..La machine est bien rôdée, je suis une femme d'habitudes....je fais les mêmes gestes tous les matins, inlassablement, et comme il est tôt, personne ne vient troubler mon rituel....maquillage,  assise sur la cuvette des wc, j'allonge mes cils tout en tirant sur ma cigarette ..La fumée monte et s'infiltre dans la petite bouche d'aération qui monte vers l'étage... je sais que l'homme sera réveillé par l'odeur désagréable de la fumée....je le sais, mais je le fais quand même....Parce qu'il m'énerve avec ses grandes affiches qu'ils a épinglé sur tous les murs de la maison..." FUMER...TUE"....m'en fout.....J'allume ma deuxième cigarette au mégot de la première et je file boire mon café....Un coup d'œil dans les chambres des garçons qui dorment et je sors dans la nuit froide pour aller prendre mon bus qui passe à 4h10.....7 minutes de trajet à pied.....

Je vole des roses jaunes sur la palissade d'un immense jardin que je longe....Ces fleurs vont ravir mes yeux durant mes 8h de travail à la chaîne....

Le bus arrive..Il en est à son 3ème arrêt et il y a déjà 5 personnes dans le bus...On se salue de la tête, certaines continuent leur nuit...C'est silencieux le matin, tout le monde est renfrogné...Je me racrapote sur mon siège et j'allume ma 3 ème cigarette...nous avons 17 kms à faire avant d'arriver à l'usine...Je ne compte plus souvent en kms, je préfère compter en cigarettes....

Du réveil à l'usine j'ai déjà salopé mes poumons avec 5 cigarettes ...Le bus freine et s'arrête...4 personnes montent, pas de paroles échangées, on dirait qu'on nous emmène à l'abattoir....

Sainte Hélène.....arrêt plus long..Il y en a toujours une en retard..Tous les jours, on attend quelques minutes, afin que Mme trucmuche  fasse son apparition...Elle est vieille, la soixantaine parait il, mais elle en fait dix de plus...cassée en deux par sa double journée...elle trait les vaches avant de partir et lorsqu'elle monte une odeur tenace de fumier s'impose à nos narines...Personne ne moufte ! à quoi bon ...Elle sent mauvais, on le sait, elle le sait, mais y'a pas le choix...Faut bien qu'elle vive...Elle ne voit plus trop clair, pas de quoi s'acheter des lunettes, n'entend plus très bien, mais chaque matin elle est là, fidèle au poste...même malade à crever, elle vient ...

Quand on arrive à l'usine, c'est le pointage..On lui sort sa carte et on la lui pointe, c'est comme ça depuis toujours...on pense qu'elle ne sait pas lire ni écrire, mais on n'en parle jamais...à quoi bon....On s'en est rendu compte le jour où elle a été embauchée....elle est restée devant le tableau rempli de cartes avec un oeil hébété, en prenant une au hasard, la reposant...puis une autre.....et puis, elle a dit "je n'ai pas mes lunettes...." et on lui a demandé son nom...et depuis, on la pointe chaque jour...Il arrive même qu'on la pointe alors qu'elle est en congé...

Puis on se masse toutes au milieu de l'atelier, attendant le chef....celui qui va décider de notre sort pour la journée...Il place tout de suite la plus âgée....vous allez faire de l'avance de coupelles Mme trucmuche...pas compliqué...Une vis, un ressort sur la vis et une coupelle pour terminer...elle est chargée de ravitailler toutes les chaines qui feront ce type de rétroviseurs ....Elle cherche sa chaise des yeux, car comme on fonctionne à 2 équipes, une du matin et une du soir, il arrive que nos chaises se trimballent dans l'atelier...C'est d'ailleurs la première chose qu'on fait en arrivant...Vous dire que c'est précieux une chaise n'est pas assez fort....c'est l'outil qui va faire que votre journée sera confortable ou pas...parfois, des ouvriers des autres ateliers viennent  les piquer ...Tant qu'on n'a pas retrouvé notre bien, celui qui est à la bonne hauteur, qui a presque pris la forme de nos fesses à force d'y être assis, on n'entame pas la journée...C'est con, mais les premières paroles qu'on entend le matin, c'est à propos des ordures qui ont piqué notre chaise...

Ensuite, selon l'humeur du chef, on est placé les unes après les autres sur une commande bien spécifique...La première assemble des tiges qu'elle balance sur la chaîne qui avance, la seconde assemble la tige sur le boitier, la troisième assemble les glaces sur des joncs brûlants qui sortent d'un four qui souffle une chaleur d'enfer, et la dernière emballe le rétro.....1200 rétros...1200 fois je prends le rétro sur le tapis, je claque une glace dessus, l'essuie avec un chiffon alcoolisé, remet le rétro sur le tapis, prends le nouveau rétro qui arrive.....1200 fois.....

Faut pas trop penser hein? Sinon, personne ne serait là...Si on se mettait à réfléchir on retournerait toutes se coucher....

Un matin, on en a ramassé une de plus sur le chemin...Une nouvelle, qui a encore l'oeil brillant et qui sourit en montant dans le bus...Comme personne ne répond à ses avances, elle s'installe toute seule dans le fond...je vais vous dire, quand on fait ce genre de boulot, on perd vite toute humanité...Moi, le premier jour, je suis montée toute fraîche et souriante, j'ai dit "bonjour" gaiement, mais j'ai pas eu de réponse....Mes premiers pas dans le vestiaire situé dans un sous sol m'ont refroidie d'office , j'ai  quitté mon manteau et suivi le troupeau...j'ai pointé, comme tout le monde et suis restée à l'écart ...
Mon premier jour je m'en souviendrai toute ma vie....je suis sortie avec les mains remplies d'ampoules, brûlée par les joncs des glaces car personne ne m'a filé de gants afin que ce soit plus confortable...deux fois 7 minutes pour aller aux toilettes, et ne  jamais partir sans être remplacée...et c'est jamais quand on en a envie, c'est quand "EUX" en avaient envie....J'ai vite appris à ne plus boire trop de café ou d'eau...
et puis il a fallu choisir: les toilettes ou la cigarette....J'ai choisi la cigarette, il suffisait de bien prendre ses précautions avant...

à 8h30...Casse croûte..Tout le monde en file indienne descend à la cantine...1/2 heure de repos...pipi, un café, un sandwich, 3 cigarettes.....

ça bourdonne  partout, ça rit, ça parle, ça crie....ça se réveille quoi !! à 9h, on se dit : "encore 4 heures à tirer..." C'est les plus longues, celles qui se traînent , celles où votre haut du dos commence à brûler, celles qui vous font dire chaque jour: "demain, je n'y vais pas...." car oui, à la fin, personne ne vous oblige à aller travailler dans cet atelier de merde....L'homme sera bien content de me voir rentrer à la maison la tête basse.....

13h....on quitte l'atelier sur un dernier pointage, on monte dans le bus et deux cigarettes plus loin, me voilà revenue à la maison.....

Dringggggg ! 3h20....il faut y retourner.....Car non ! pas question d'abandonner....


15 ans j'y ai passé !! 15 ans ! si ce n'est pas de la folie, ça y ressemble fortement !

mardi 9 janvier 2018

Québec.........

Je viens de voir de magnifiques photos d'une amie blogueuse, Mamina, sur Québec....et comme je "feugnais" sur le net, j'ai pleuré de rire avec cette histoire ! je partage avec vous !!

C'est  l'HISTOIRE D’UN COUPLE DE FRANÇAIS QUI EMMÉNAGENT AU QUÉBEC ...................

Le 1er AOÛT : Nous venons d’emménager dans notre nouvelle maison au Québec. C’est très beau ici. Tout est si immense et sauvage, et les montagnes sont si majestueuses. J’ai très hâte de les voir recouvertes de neige, et de voir le fleuve pris dans la glace.

Le 1er OCTOBRE : Québec est le plus bel endroit du monde. Les feuilles des arbres ont pris toutes les teintes possibles de rouge et d’orange. Nous sommes allés nous promener en montagne et nous avons vu des chevreuils. Quelles créatures gracieuses ! Ce sont certainement les plus beaux animaux de la création. Cet endroit est le paradis sur terre ! Je l’adore.

 

 

Le 1er NOVEMBRE : La saison de chasse au chevreuil commence bientôt. Je ne peux pas croire qu’on puisse tuer un si bel animal. J’espère qu’il neigera bientôt. J’aime vraiment le Québec (sauf en ce qui concerne ses lois sur la chasse, bien sûr. Mais, il est vrai que nature et sauvagerie vont un peu de pair…).

 

Le 1er DÉCEMBRE : Il a neigé hier soir. Nous nous sommes réveillés ce matin pour découvrir que tout était devenu blanc. Une vraie carte postale ! Nous sommes tous sortis et avons fait un combat de boules de neige. C’était vraiment le pied ! Quel bel endroit ! L’air est pur, tout est propre et blanc. C’est magnifique !

 

Le 10 DÉCEMBRE : Encore de la neige hier soir. C’est merveilleux ! La « charrue  » nous a encore fait une petite blague dans l’entrée. (Les Québécois appellent « charrue » le chasse-neige qui pousse la neige hors des chemins. Une autre de leurs cocasses expressions si typiques…) Les Québécois sont sympas… De bons vivants qui aiment s’amuser malgré la neige et le froid, quoi !

 

Le 15 DÉCEMBRE : Encore de la neige hier soir. J’ai été un peu embêté hier parce que je n’ai pas pu sortir la voiture de la cour pour aller travailler. La neige, c’est très beau, mais j’avoue que je suis un peu épuisé de pelleter. »Crisse de charrue », comme disent si typiquement les Québécois ! « Crisse » est un juron utilisé par les habitants de ce pays ayant une tradition catholique très imprégnée. Les habitants semblent l’utiliser assez fréquemment, à cause de l’hiver peut-être… À éviter quand même car il s’agit d’une expression vulgaire, me disent même les gens d’ici. Je crois que leur manque de vocabulaire amène les Québécois à utiliser ce juron plutôt que des expressions plus recherchées).

 

Le 21 DÉCEMBRE : Il est encore tombé de la merde blanche hier soir. Tu ne le croiras pas, mais j’ai des ampoules plein les mains à force de pelleter. Je crois que le gars de la « charrue » se cache dans un coin de la rue et attend que je finisse de pelleter pour remplir mon entrée de voiture. J’ai d’abord cru qu’il nous faisait ça parce que nous étions nouveaux dans le coin, mais je crois maintenant que c’est parce qu’il est fondamentalement  » un calice de chien sale « . ( » Calice de chien sale  » est une expression parfois employée par les gens d’ici pour désigner les gens avec qui ils ont des conflits ou qu’ils n’aiment carrément pas.)

 

Le 25 DÉCEMBRE : Joyeux Noël ! « Hostie de crisse de temps des fêtes à « marde », comme ils disent parfois ici. Il est encore tombé de la tabarnac de neige « Tabarnac » est un autre juron catholique qui vient du mot « tabernacle »). Un Noël blanc, c’est bien beau, mais n’empêche que si jamais je mets la main sur le calice de chien sale qui conduit la charrue, je m’en vas y faire faire  » un hostie de boutte  » sur les coudes. (Autre expression typique, mais tu commences a t’en foutre, des expressions typiques…) Je ne comprends pas pourquoi ils ne mettent pas plus de sel (ils disent « calcium », ces cons de Québécois !…) sur les routes pour faire fondre la glace.

 

Le 27 DÉCEMBRE : C’est pas croyable, mais il est encore tombé de la crisse de neige hier soir ! Et ce matin, on se les gèle à se les fendre ! Ca fait trois jours qu’on n’est pas sortis de la maison, sauf pour pelleter la tabarnac d’entrée à chaque fois que le calice de chien sale passe avec son hostie de charrue ! On peut aller nulle part. Le char (Ils disent « char » au lieu de voiture parce qu’ils ont tous la bouche gelée) était pris dans une véritable montagne de neige. Quand j’ai eu enfin fini de tout gratter, le crisse de  » bazou  » (ça c’est une bagnole aussi, ils passent leur vie à filer des noms à la con aux bagnoles….) voulait pu partir à cause du frette ! Y faisait moins vingt-sept à matin, calice ! Ça se peut presque pas ! Avec le facteur vent à marde, ça faisait moins 44 Celsius ! Incroyable ! Tu vas pas pisser dehors avec un temps pareil, j’te jure ! Sauf que nous, il faut qu’on aille pomper l’eau à bras dans le hangar à côté… Si on avait su, on aurait acheté une maison avec pompe électrique et puits intégrés comme eux ! En plus d’être un peu cons, ils doivent pas avoir la bite grosse en hiver, eux-là ! Québec, pays des bites gelées ! Ha ! Ha ! Ha ! Ce midi, la gonzesse de la météo a annoncé qu’il ferait un peu plus chaud mais qu’il allait tomber 10 pouces de plus de neige « à soir »… Dix pouces, c’est la longueur de ma queue (sans blague !), et ça fait dans les 20 centimètres…

 

Le 28 DÉCEMBRE : La gouine de la météo se l’est mise complètement dans le trognon, la connasse ! On en a eu pour 24 pouces de c’te calice de marde-là ! 24 pouces, crisse de calice de tabarnac ! Soixante centimètres ! Non, mais tu te rends compte ? Ca sera pas fondu avant l’mois d’août, ça, calvaire ! Pis tu le croiras pas, mais la charrue est restée prise dans le banc de neige en face, pis l’hostie d’écœurant qui la conduit est venu cogner chez nous pour demander s’il pouvait emprunter ma pelle ! Après lui avoir dit que j’avais passé au travers six pelles pour pelleter toute la marde qu’il m’avait poussé dans l’entrée, j’y ai cassé la septième sur sa crisse de tête de d’épais !

 

Le 30 JANVIER : On a fini par sortir de la maison aujourd’hui. On a enfin pu se rendre à l’épicerie pour acheter de quoi manger, mais en revenant un calice de chevreuil s’est crissé devant le char pis je l’ai fessé. J’ai pour 3000$ de dommage ! L’hostie d’imbécile m’a vu arriver, j’ai klaxonné, mais y est resté la à nous regarder foncer su lui comme un crisse d’innocent ! Comment ça se fait que les hosties de chasseurs les ont pas tous tués au mois de novembre, ces hosties de pourritures-là ? J’ai jamais pensé qu’un animal puisse être si stupide !

 

Le 1er MAI : J’ai emmené le char au garage. Y’est plein d’hosties de trous ! Plein, d’un bout à l’autre, calvaire ! Y a pas six pouces carrés qu’y a pas de rouille, calice, à cause de l’hostie de calcium qu’ils mettent partout dans les chemins, c’te gang de tabarnac d’épais-là ! Ça peut ben leu coûter cher de vivre ici, hostie de calice ! Y scrappent un char par année, c’est sûr, à marcher d’même, gang de tabarnac !

 

Le 30 MAI : Marie-Maude pis moé, on a décidé de crisser notre camp en France. La neige a même pas fini de fondre dans le boés que les hosties de maringouins (ça c’est des putains de moustiques qui te font des cloques comme des balles de tennis) pis les tabarnac de mouches noires commencent à sortir (ces mouches-là, tu peux pas le croire elle te bouffent le steak sur le dos…). On peut même pas prendre une bière dehors sans n’avoir plein ‘à face, calice, moi qui voulait profiter de mon beau lac ! J’en ai plein le cul du Québec et des hosties de Québécois ! J’peux pas comprendre qu’y aille du monde assez innocent pour rester dans un crisse de trou pareil !



mardi 2 janvier 2018

Meilleurs voeux !!

Je vous souhaite à tous une année pleine de bonheur....j'ai trouvé ce petit texte qui résume super bien ma pensée......


Tout est dit non ?....... Et en bonne coccinelle que je suis j'ai trouvé ces paroles très justes ! Restons nous même, avec nos qualités, nos défauts, améliorons ce qui peut l'être et vivons ! Bonne année à tous !!

mardi 26 décembre 2017

Soirée NOËL......

Déco finalisée avec les petits enfants......



Belle soirée avec petits et grands........





Joyeuses fêtes à tous ! 

samedi 23 décembre 2017

NOËL..............



J'aime l'hiver , on peut  rester  bien au chaud et regarder la neige tomber paresseusement sur les jardins.......

GIFS HIVER


Cette année nous avons accueilli une petite chatonne qui nous fait les 400 coups et qui étale devant nous sa jeunesse insolente !!  Elle explore la maison du sous sol au grenier dans de folles cavalcades ! Des fois, je me demande si nous n'avons pas eu la plus folle de la portée !! Elle détruit tout ce qui ressemble à une plante, et prend le pot comme résidence secondaire !!


De temps en temps elle s'installe sur la fenêtre et regarde curieusement les oiseaux qui la narguent dans les arbustes...elle claque des dents, comme si elle pouvait les croquer....Mais pas de chance , interdiction de sortir .



Dans la maison ça sent bon le pain d'épice, tout le monde s'active et les lumières scintillent.....
 Le sapin en plein jour c'est pas extra , mais comme je suis contente qu'il ne tienne pas de place !!!


 Les boules sont devenues le but à atteindre pour Maya ! c'est là où on se rend compte que ces p'tites bêtes là, ça peut sauter très haut !! pour l'instant elles la narguent !! lol



Un petit aperçu des décos hors de portée de Maya qui explose tout ce qui pénètre dans son territoire !! je ne vous dis pas les sévices qu'elle a fait subir au malheureux renne qu'on avait mis sur la fenêtre !!
 Le Père Noël lui,  a émigré sur la cheminée car elle essayait de le  dépieuter lui aussi!

Voilà....Voilà ....Deux de mes petits enfants seront tristes le soir de Noël car ils viennent de perdre leur mamy...Elle est décédée hier subitement alors que rien ne laissait prévoir....

Passez tous de joyeuses fêtes en famille, entourées des êtres qui vous sont chers !
Je vous embrasse !


 0-mes créations gifs  hiver et Noel
                                           

lundi 20 novembre 2017

Edmond......

Inspiré par Josette qui a écrit un superbe texte sur Edmond ...Elle m'a donné envie de me prêter à l'exercice.....à partir d'un tableau racontez une histoire courte avec les mots incorporés ! "Ciel, chaussure, coq, couronne, crapaud"



Montre moi ce bras Edmond ...Je vois bien qu'il est tout tordu, tu as certainement une cassure, j'en suis sure ...Qui t'a fait ça Edmond ? ou alors, es tu tombé ?

Je suis monté dans l'arbre pour y cueillir des cerises.... tu as remarqué papy,  elles sont toujours plus belles en hauteur...oui, je sais que tu ne veux pas que je grimpe aux arbres mamy, mais je trouve cela tellement injuste de les voir si belles et de ne pas pouvoir les atteindre...et même si j'avais peur, une petite voix me disait "regarde le ciel, ne regarde surtout pas en bas..." J'ai regardé le ciel, et je me suis cramponné aux branches.....à un moment, un merle m'a frôlé et j'ai perdu ma chaussure tellement j'ai eu peur....Et puis, il s'est mis à piailler comme un possédé et tout à coup j'ai été entouré de pleins d'oiseaux qui voletaient autour de moi...

J'avais peur, mais il ne serait pas dit qu'une bande d'emplumés me feraient fuir ! J'ai donc continué bravement, et si vous m'aviez vu vous m'auriez donné la couronne du courage, car je n'ai rien lâché ....Plus je grimpais et plus mon coeur s'emballait...de là où j'étais,  je voyais le clocher de l'église et le coq dressé à son faite semblait me regarder d'un air moqueur....

J'en ai mangé plein des cerises papy, et maintenant, j'ai mal au ventre.....ça fait un drôle de gargouillis, on dirait qu'un crapaud veut sortir de mon estomac....

ça ne me dis pas comment ton poignet est dans cet état ?....dit mamy inquiète....

c'est la faute des bébés merles....Ben oui, j'ai compris pourquoi ils m'attaquaient avec tant d'ardeur...sur une branche, là où étaient les plus belles cerises il y avait un nid...avec quatre bébés oiseaux dedans; et sa maman n'avait pas l'air rassurée de me voir si près, alors elle m'a foncé dessus et je suis tombé au travers des branches...
et je crois bien que j'ai le bras cassé .....mais je me suis  bien régalé quand même!!






vendredi 17 novembre 2017

Harcèlement (2)

La violence se manifestait le plus souvent à la sortie du collège...Moi, j'avais appris des trucs pour les éviter, mais pas elle...Elle ne leur cédait pas d'un pouce..Elle sortait aux mêmes heures,  savait qu'ils l'attendaient dans le petit chemin qu'elle empruntait pour rentrer chez elle, ils l’entraînait dans une remise à foin afin que personne ne les voient faire leurs petites saloperies et la bagarre commençait..Elle ne faisait pas le poids mais se battait vaillamment...ça durait 10 à 20  minutes, elle saignait du nez, une fois il lui cassèrent une dent...J'ai assisté une fois à cet abattage en règle, d'autres élèves étaient là qui encourageaient les tortionnaires par leurs cris...j'ai pris la fuite lâchement...j'étais terrorisée...

Ce soir là, alors que je m'étais réfugiée en pleurant dans le placard sous l'escalier , la porte s'ouvrit et je vis apparaitre mon frère...Il s'installa tout près de moi sans un mot....Il me tendit un mouchoir et  me dit : "racontes!"

J'ai tout dis, tout ce que j'avais subi, tout ce que cette gamine subissait, tous ces adultes qui s'en foutait....et moi qui n'en pouvait plus d'avoir peur, qui n'avais pas d'amis , qui n'osais pas vivre pleinement ma scolarité de peur de me faire tabasser....Je le voyais serrer les dents, j'ai même vu une larme pointer dans ses yeux.....Pourquoi n'as tu rien dit ? je l'ai regardé....je n'ai pas eu besoin de parler, il savait qu'il n'avait pas été présent, ni pour moi, ni pour les parents...

Ce soir là, on s'est parlé comme jamais...il m'a parlé de ses frustrations, de cette vie qu'il n'acceptait pas, de son incompréhension ...Les parents n'avaient rien expliqué de leurs problèmes, on s'était retrouvé dans le camion de déménagement sans une explication...

Il leur en voulait de ce silence, il avait 17 ans, il pouvait comprendre....
c'était les vacances de Noël, cette parenthèse sans école allait nous faire du bien à tous...Notre père ne travailla pas durant une semaine et fut plus disponible...On put reprendre le dialogue, des questions furent posées, sans crainte...Mon père y répondit, et pour la première fois depuis bien  longtemps on le vit détendu ...Car  il  aurait peut être une bonne nouvelle à nous annoncer pour Noël...La boite qui l'embauchait cherchait un comptable, son patron appréciait  beaucoup son courage et sa détermination et c'était lui qui lui avait proposé ce nouveau job...Notre mère, elle, venait de passer un entretien...Un poste de secrétaire était à pourvoir dans la même entreprise que lui... et si tout fonctionne bien, mon patron nous propose d'occuper une maison tout près de l'entreprise...Une belle maison qu'on pourra acheter en location-vente...

Que des  bonnes nouvelles pour Noël...mon frère et moi, n'eûmes pas le courage de parler du harcèlement  scolaire . Ils étaient heureux, à quoi bon assombrir ce bon moment qu'on passait tous ensemble !
Il y eut des belles journées pleines de complicité entre mon frère et moi....Bientôt l'école reprendrait et rien que d'y penser la nausée montait....

Mon frère me rassurait, il prenait mon bien-être très à cœur...Je te promets que les choses vont changer, fais moi confiance!
Je ne savais pas ce qu'il complotait, mais il y eut des coups de fils, des rencontres à l'extérieur d'où il revenait le sourire aux lèvres ....
Noël fut superbe! mes parents rassurés sur leur sort, nous firent des cadeaux , un beau sac d'école pour moi, un abonnement sportif pour mon frère,  on veilla tard, on eut même droit à un petite coupe de champagne...

Le jour de la rentrée arriva trop vite.....Ma mère fut étonnée quand elle me vit descendre avec mon bon vieux sac...Tu ne portes pas le nouveau m'interrogea t elle? Non, je préfère le garder encore un peu...celui là, fera bien l'affaire jusqu'à la fin de l'année...

Ils avaient obtenu tous les deux le travail qu'ils voulaient...et ce matin là, nous franchîmes à 4 la porte de l'appartement...Nous pouvions commencer à faire les cartons, on déménagerait  à la fin du mois !

Mon frère m'accompagna  jusqu'au collège...C'était bien la première fois qu'il le faisait! Je serai là ce soir à 16h et je t'attendrai dans le petit chemin, tu n'as aucune crainte à avoir !

J'étais rassurée de le savoir là...Toute la journée, j'ai essayé de parler à Marie, afin qu'elle parte en même temps que moi...à deux, avec mon frère, on ne risquait pas de se faire attaquer...Mais je n'ai pas pu lui parler ...

Dès la sortie, l'attaque commença dans la cour...le sac de Marie vola dans les buissons et comme elle se penchait pour le ramasser, un des garçon la poussa fortement du pied afin qu'elle s' affale durement par terre... Deux profs discutaient dans la cour, ils virent tous les deux ce qui se passait, à part pousser un cri, pas un ne bougea...

Les 4 tarés sortirent en ricanant et se dirigèrent vers le petit chemin....  J'aidais Marie à se relever, et je lui dis de m'accompagner, mon grand frère serait là pour nous protéger...elle me suivit, un peu réticente...

Dès que nous arrivâmes dans le petit chemin, on stoppa net au spectacle qui se présentait à nous....Il y avait une quinzaine de grands gaillards qui faisaient un rempart autour des 4 bourreaux....Mon frère, des amis qui étaient au même lycée que lui, les 4 frères de Marie et leurs copains ....Ils poussèrent sans ménagement les quatre tortionnaires qui commençaient à ne plus crâner vers la remise ...on sentait la peur dans leur yeux! La  terreur avait changé de camp ...Mon frère nous demanda à Marie et à moi de rentrer chez nous...

Le chemin fut long jusqu'à la maison, le temps s'écoulait lentement...J'attendais le retour de mon frère avec impatience .....lorsqu'il rentra , il me prit dans ses bras et me dit : c'est fini....plus jamais, ils ne viendront vous torturer....

Le lendemain, j'abordais la cour de l'école le cœur un peu plus léger...Marie était là et me souriait....viens, me dit elle! Je la suivis à l'intérieur de l'établissement, et j'ai dû me mordre les lèvres pour ne pas éclater de rire ! les 4 tarés étaient là en piteux état...Non seulement ils avaient pris la raclée qu'ils méritaient, mais ils avaient tous les quatre la boule à zéro....les deux filles qui avaient des cheveux longs superbes, avaient le crâne rasé, ainsi que les deux garçons...leurs parents hurlaient près du bureau du proviseur, ils demandaient à ce que des têtes tombent...que les bandits qui avaient rasé leurs petits chéris se dénoncent, qu'ils allaient porter plainte.....

Je croisai leurs regards, et Marie, elle ,  éclata de rire !! cet éclat était si contagieux que tous les autres élèves se mirent à rire eux aussi ! il faut dire que nous n'avions pas été les seules à avoir été maltraités...Tous, dans ce collège les craignaient...et de les voir déplumés ainsi ça nous réconfortait , ça nous mettait du baume au cœur...
Une enquête fut ouverte....Mais personne ne connaissait la bande de jeunes qui avaient puni ces malheureux ...et même si certains en connaissait, personne n'osa ouvrir la bouche !

Rapidement les parents changèrent leurs rejetons d'école ...Mais comme ça avait fait la UNE du journal local ils ne passaient jamais inaperçus....Ces petites brutes avait trouvé plus forts qu'eux et n'étaient pas prêts de recommencer...

Curieusement, plus personne dans le collège ne s'amusa à ce genre de harcèlement...Le mot avait été passé et quiconque  prendrait  un gamin ou une gamine pour cible subirait la même chose que les 4 petits tondus....

Nous changeâmes de maison, la vie devint plus douce dans la nouvelle maison....les années au collège passèrent très vite et mes notes s'envolèrent comme par magie !
J'abordai le lycée avec beaucoup plus de  sérénité...Mon frère y avait passé 3 ans et avait laissé de bons souvenirs dans la tête des profs... Je me suis fais plein d'amis mais souvent, je pense  à la petite souris que j'étais lors de mon arrivée en 6 ème....et souvent je pense à tous ces jeunes qui subissent encore les sévices de gamins trop surs de leur impunité...Souvent je me dis que les profs, les adultes ne sont pas assez attentifs à la souffrance scolaire, et qu'il faut de temps en temps les rappeler à l'ordre...

C'est ce que je fais dans le journal que j'écris avec quelques camarades...Chaque mois différents sujets sont abordés, et une boite à idées est mise à la disposition des élèves....Chacun peut y parler anonymement ou pas, de ce qui le préoccupe....Avec le proviseur et les professeurs nous nous réunissons chaque mois...Parfois, pour dire tout ce qui va bien, mais aussi pour dire ce qui va mal...et chacun fait un bout de chemin pour améliorer le quotidien .....


Harcèlement .. (1)

Fiction.......

Elle se réveilla comme tous les matins avec la peur au ventre...cette peur dont elle ne pouvait pas parler, une peur cachée sous différents masques qu'elle se composait au fur et à mesure que la journée passait.....

Elle avait fait une entrée au collège le sourire aux lèvres, un peu craintive car elle passait dans la cour des grands, mais elle se réjouissait à l'avance de toutes les nouvelles copines qu'elle allait se faire...

Ses parents avaient déménagé à la fin de son CM2 et elle se retrouvait dans une ville où tout était à découvrir ! Elle avait dû, le cœur gros, faire ses adieux à ses amies du primaire, des amies qui avaient été en même temps qu'elle à la maternelle et qui avaient comme elle appris à lire et à écrire sous l'œil bienveillant d'une maîtresse à l'écoute....

La ville où son père avait trouvé un nouvel emploi, restait une inconnue pour elle.....Ses parents rencontraient de grosses difficultés financières et ils avaient été obligés de partir rapidement de l'appartement confortable qui était le leur....
Elle avait pleuré le jour de l'emménagement dans le nouvel endroit choisi par ses parents...Son frère aîné, du haut de ses 15 ans, avait piqué une crise monumentale..."je refuse d'habiter ce taudis hurlait il"...et elle, elle  s'était cachée dans le placard de l'entrée, se bouchant les oreilles pour ne plus entendre les cris....
Depuis, il faisait la tête..n'adressant plus la parole à personne, restant la journée entière sur ses jeux vidéos, les écouteurs sur les oreilles....Elle avait essayé de lui parler, de se rassurer, mais il avait hurlé sur elle tellement fort qu'elle s'était une fois de plus carapatée dans le placard sous l'escalier....

L'ambiance était électrique à la maison...Notre père rentrait le soir épuisé de sa journée..Il avait dû prendre un emploi qui ne correspondait pas du tout à celui qu'il faisait auparavant...Il avait exercé le métier de comptable dans une petite entreprise qui avait fait faillite...22 ans de travail derrière un bureau..là, pris à la gorge par les dettes qui s'était accumulées il avait pris un boulot sur un chantier...Il y faisait tout et n'importe quoi...maçon, électricien, posait du carrelage au besoin..ponçait les murs....on pouvait lire chaque soir sur son visage la fatigue, la douleur et le découragement...J'avais peur quand il rentrait...peur de ses yeux sans vie, de ses mains crevassées, de ses cheveux blanchis de plâtre...

Il passait sous la douche et reprenait un semblant de normalité...je pouvais alors m'approcher, lui caresser la main, lui montrer juste en le regardant que je comprenais sa détresse...Il souriait alors, parlait de choses et d'autres, donnant un coup de main à ma mère en cuisine...Nous passions à table, mon frère indifférent et moi qui babillait pour occuper l'espace... les repas étaient simples, chaque sou était dépensé avec parcimonie, et pourtant ma mère faisait des prouesses pour qu'on ne se rende compte de rien...

Lorsque je fus inscrite au collège et mon frère au lycée, nous avions vite compris que cette année il n'y aurait pas d'achats de fournitures scolaires...Nous allions devoir nous servir de ce que nous avions déjà...Pas de nouveaux sacs, la liste que mon frère avait du lycée ne permettait pas de folies...Il voulait un agenda à la mode, mais qui coûtait deux fois plus cher que ce qui était prévu...Il batailla ferme pour l'avoir , menaça de ne rien faire au lycée, menaça de sécher les cours si ma mère n'accédait pas à ses demandes....Elle dut, la mort dans l'âme céder à ses demandes...quand je vis ses yeux plein de larmes j'ai eu envie de le cogner ce frère indifférent...ce frère capricieux qui ne voyait rien des difficultés que nos parents traversaient...J'ai serré très fort sa main, et je lui ai dit que mon vieux sac  ferait très bien l'affaire...elle a souri et j'ai senti son soulagement...

J'ai donc fait ma rentrée au collège sans affaires neuves...ni fringues neuves..ni chaussures neuves...c'était pourtant le rituel avant ! je me souviens du plaisir qu'on ressentait à chaque rentrée scolaire ,  ma mère et moi, on dévalisait les magasins, rien n'était trop beau....mais ça, c'était avant....avant la perte d'emploi.....
Lorsque je suis arrivée dans la cour, je ne connaissais personne..Ma mère m'avait accompagnée jusqu'à la grille, et m'avait lâchée dans un endroit inconnu...Plein de rires, de cris, de jeunes ravis de se retrouver....et moi, j'étais seule...je me suis mise à l'écart, près d'un petit muret attendant que sonne l'heure de la rentrée..

Le collège avait  un fonctionnement complètement différent de l'école primaire...chaque heure, tu devais  te rendre dans une nouvelle classe, chaque heure tu devais  faire face à un nouveau prof ...et j'avais déjà l'angoisse au ventre à l'idée de me perdre dans ces multiples couloirs..

Premier cours avec la prof principale...Français, histoire , géo...On allait la voir assez souvent et dès son arrivée j'ai senti que ça n'allait pas être simple...grande , blonde, fermée, elle nous toisa d'entrée et nous interpella d'une voix froide...Assis ! Prenez une feuille de papier, inscrivez vos noms prénoms date de naissance, profession du père et de la mère....

Je m'étais installée au fond de la classe à une table restée libre et je sortis ma trousse et mes feuilles de copie...En levant la tête je vis toutes les autres élèves en faire autant....Je pense que j'ai été la seule à avoir une  vieille trousse, constellée de cœurs, de noms de mes chanteurs favoris,  constellée de taches d'encre...ma bonne vieille trousse quoi ! que je traînais depuis des années parce que je l'aimais bien, parce que mes copines l'avaient signée et qu'elle m'était précieuse....Malheureusement pas aux yeux des autres..

Nom, prénom, date de naissance...ça allait ! profession du père? je savais pas ce que mon père faisait..Il travaillait dans le bâtiment, mais est ce que c'était un métier? et ma mère ne travaillait pas...que devais je inscrire ? mère au foyer ?
Alors j'ai été au plus simple...J'ai mis comptable et secrétaire....c'était pas complètement un mensonge puisque c'était  ce que faisaient mes parents dans notre vie d'avant....

La première heure ne fut pas aussi catastrophique que je l'aurais cru...Pour pouvoir nous évaluer elle nous fit faire une dictée et une dissertation....La deuxième heure, c'était les corrections de ce que nous venions de faire...
J'étais assez bonne en français et ça m'avais  paru assez simple...Seulement, le niveau de la classe n'était pas très élevé, et lors de ces corrections les moqueries de la prof rendirent les élèves furieux...Elle lisait à voix haute les dissertations, soulignant les fautes, appuyant fort sur les points faibles, disant qu'elle allait avoir une année difficile avec des élèves aussi peu évolués...

Je me racrapotais dans mon coin, crevant de trouille dans l'attente du jugement..et quand ma feuille arriva entre ses mains j'ai compris immédiatement que j'allais payer au centuple le fait d'être bonne en français....
Elle lu sans commentaire ce que j'avais écrit....et puis, elle commença à me féliciter à dire à quel point j'étais brillante et que chacun devrait prendre exemple sur moi....qu'enfin, elle avait une élève digne des cours qu'elle allait nous prodiguer....

J'étais écarlate, je sentais les regards envieux des autres..j'entendis des réflexions mauvaises sur ma tenue, sur mon sac, ma trousse.....J'essayais de sourire, mais c'était plutôt une grimace que je faisais...
Lorsque les deux heures furent passées, il y eu un temps de pause, avant de rejoindre la nouvelle salle de classe...Je pris bien soin de sortir la dernière, pour ne pas avoir à subir les moqueries ...à peine arrivée dans la cour, j'ai compris que le primaire ne nous avait  pas appris à nous débrouiller au milieu des loups...car c'est l'impression que j'ai eu...J'étais le pauvre petit lapin effrayé par les phares, faisant face à une meute qui n'avait qu'une envie : m'écharper vivante...

Les brimades commencèrent dès le premier jour d'école....Au début ce furent des moqueries ...Je ne répondais pas, baissais la tête et m'approchais au plus près des adultes présents sur les lieux...Un jour, trois filles me coincèrent dans les toilettes, elles me cognèrent la tête sur le carrelage des murs, faisant voler mes affaires, les piétinant...Je récupérais gomme et crayons dans l'eau douteuse des WC...je ravalais mes larmes car j'avais remarqué que mes pleurs les excitaient encore plus......
J'ai dû apprendre à feinter, à ruser; à me réfugier dans les toilettes au moment de rentrer le soir....en sortit 20 minutes plus tard, à raser les murs sans me  faire remarquer ...

Je ne mangeais pas à la cantine le midi, Dieu merci ! j'y ai mangé une seule fois, et elles ont déversé du sel dans tous mes plats....renversé l'eau de leur verre sur la chaise où je m'asseyais...j'ai dû supplier ma mère de me faire un sandwich pour le midi...sandwich que je mangeais enfermée dans les toilettes , me faisant toute petite afin "qu'elles" ne me trouvent pas...

Un jour, après qu'elles aient découpé au cutter la capuche de mon manteau, j'ai pris mon courage à deux mains et je suis allée parler à un surveillant... Je lui ai expliqué ce que je subissais depuis la rentrée, et sa seule réponse fut un sourire goguenard ! apprend à grandir m'a t'il répondu ! ça forge le caractère ce genre de bêtises, ça apprend à vivre !

Je suis repartie la rage au ventre, bien plus en colère contre lui que contre mes tortionnaires...je ne pouvais pas en parler à la maison, ma mère avait assez de soucis comme ça...Elle s'inquiétait pourtant, chaque jour elle me demandait si tout se passait bien...Je la rassurais en riant....quand inviteras tu des copines à la maison me suggérait elle? je ne répondais pas, éludais le sujet....

Mes notes commençaient à s'en ressentir, en français je m'attirais les foudres de la prof qui me disait à quel point elle était déçue par mon minable travail...Je ne tenais pas à en rajouter, car  bien travailler était synonyme de raclée à la sortie..
Lorsque mon premier bulletin de notes arriva , j'ai su en voyant la tête catastrophée de ma mère qu'il allait falloir que je m'explique..mon père, était assis au bout de la table, un verre de vin à portée de main, l'œil pas clair...il commentait mes notes d'un air désespéré.. Mais que se passe t il ? pourquoi cette moyenne minable?  L'année dernière tu étais première dans toutes les matières, cette année tu nous fait honte !

Je pleurais doucement dans mon coin, ne sachant quoi dire... mon crétin de frère prit ma défense en les accusant froidement ! c'est de votre faute si ses notes sont minables, on vit dans un endroit minable, tu fais un boulot minable, on a perdu nos repères depuis le déménagement et vous vous en foutez de nous ! Il quitta la pièce en donnant un coup de pied dans une chaise et on resta là, à se regarder, hagards....

Je regagnais ma chambre, promettant de faire mieux...il allait falloir doser dorénavant ! se débrouiller pour avoir la moyenne sans se faire trop tabasser...
La sixième passa....la cinquième arriva ! j'avais grandi.... 10 cm de plus que l'année d'avant....Plusieurs de mes bourreaux avaient redoublé, j'en avais découvert  d'autres qui avaient essayé de me faire passer pour un punching ball. 
Je me laissais moins faire, je m'étais endurcie...D'autres nouvelles gamines étaient harcelées..Je me tenais loin des querelles et des coups...La vie m'avait donné quelques  bonnes leçons que je n'étais pas prête d'oublier...

Je n'avais pas essayé de me faire d' amis, j'étais un peu marginale et ne me reconnaissais dans aucun des groupes qui gravitaient autour de moi...


Il y avait une gamine, Marie,  qui était en sixième  et qui subissait les mêmes sévices que j'avais encaissé..Mais elle était bien plus combative que moi, et elle n'hésitait pas à répondre , à se plaindre à la direction...Elle avait 4 frères  un peu plus âgés et elle avait dû se battre pour se faire une place dans la famille..On sentait la hargne qui l'habitait..Je ne pouvais m'empêcher de l'admirer , elle était  tellement forte, bien plus que moi, elle rendait tous  les coups ,  et plus elle se battait,  plus elle attisait leur méchanceté ...ils étaient  4 redoublants , c'était les 4 qui m'avaient pourri la vie durant toute l'année...2 garçons , 2 filles issus des quartiers chauds de la ville..